Sens au travail : l'histoire de Serge, négociant en vin
Serge, 55 ans, négociant en vin, raconte pourquoi il est passé d'une vie d'acheteur à une vie de vendeur. Pour lui, ce qui fait sens à son travail, c'est de "enlever la pression de la vente sur les vignerons".

Entretien réalisé le 29 juillet 2021
Peux-tu présenter ton identité civile ?
Je m'appelle Serge, j'ai 55 ans. Je suis né à Toulon dans le Var. J'ai 3 enfants, 3 garçons. Je travaille depuis que j'ai 18 ans. J'ai déjà fait 3 réorientations professionnelles. Je vis dans un petit village qui s'appelle les Arcs sur Argens, en Provence, dans le Var.
Est-ce que tu peux décrire ton travail aujourd'hui ?
Aujourd'hui, je suis négociant en vin, c'est-à-dire que je mets en relation des vignerons avec les centrales d'achat de la grande distribution. Je suis un intermédiaire.
Qu'est-ce qui fait sens pour toi dans ce travail ?
Là où je pense que ça a du sens, c'est que je suis un maillon qui pour moi est essentiel. J'enlève la pression de la négociation et de la vente sur les vignerons. J'enlève cette pression qu'ils peuvent avoir par rapport aux acheteurs de la grande distribution. C'est finalement deux métiers complètement différents. Beaucoup de vignerons savent très bien faire leur métier mais se désintéressent ou ont peur ou ne savent pas négocier avec les centrales d'achat. Le sens, c'est réellement ça : c'est prendre en charge cette partie du métier qui peut être assez difficile pour quelqu'un qui travaille sa vigne et qui fait son vin. Beaucoup d'agriculteurs sont concentrés et travaillent avec beaucoup de plaisir et beaucoup d'amour, que ce soit leur vin ou leurs légumes ou autres. Et ils n'ont pas accès ou ont pas mal de difficultés à rentrer dans le système de négociation avec les centrales d'achat, surtout de la grande distribution.
Quelles valeurs ce sens touche en toi ?
C'est très intéressant cette question... Déjà cela me valorise, cela me donne de l'importance et cela me rend utile. C'est être accompagnateur, c'est être aussi protecteur. C'est très valorisant.
Comment tu te sens dans ce travail ?
Je me sens à l'aise et je me sens valorisé. Je vois les rapports que j'ai avec les vignerons, je travaille avec une dizaine de vignerons. Cela me permet de me sentir, au-delà d'être professionnel, comme une personne qui va les soulager dans leurs ventes. Je n'ai pas le mot qui me sort... Important, accompagnateur.
Quel était le travail que tu n'aimais plus faire ?
Avant de faire ce métier de négociant, j'étais acheteur dans la grande distribution. Je n'aimais pas du tout mettre une grosse pression sur mes fournisseurs de vin. À l'époque j'étais sur tout ce qui se rapportait aux produits à boire. C'est cette démarche de puissant avec une enseigne nationale au-dessus de la tête qui imposait des choses à un fournisseur. J'avais horreur de faire ça : d'imposer des prix, des conditions, des animations, des budgets. D'avoir ce statut de tout-puissant et d'imposer aux autres de faire une partie de mon travail, j'avais horreur de ça.
Quelle valeur importante tu ne trouvais pas dans ce travail ?
L'humanité.
Comment tu te sentais dans ce travail ?
Quand je sentais la pression que je pouvais mettre à des fournisseurs, sur la fin des années où j'étais acheteur, je me sentais tyrannique et abuseur.
Qu'est-ce qui t'a décidé à changer de travail ?
Étonnamment, ce n'est pas vraiment à cause de ces ressentis, parce que lorsque j'étais dans ce travail, jusqu'à il y a 25 ans de ça, c'était acquis pour moi. Donc je ne me posais pas la question. Je me sentais tyran, mais finalement, c'était mon métier. C'était comme un jeu entre les fournisseurs et le tyran. C'était la dureté du travail que je faisais dans la grande distribution. Il y avait des horaires pas possibles. J'étais parfois tyran mais j'étais aussi tyrannisé par mes supérieurs, par la hiérarchie. C'était devenu fatiguant, je ne voyais pas grandir mes enfants, je n'avais pas de vie de famille. C'est ça qui m'a poussé à quitter ce métier.
Quelle difficultés tu as ensuite rencontré quand tu as fait cette transition professionnelle ?
La plus grande difficulté, c'était de sortir de cette peau du supérieur tyrannique de l'acheteur, et d'endosser une peau où j'étais vendeur, sous l'autorité bienveillante ou souvent malveillante des acheteurs. Par exemple, je travaillais pour un grand groupe, je disais "nous" alors que c'était devenu "eux". J'ai mis des années, deux ou trois ans, à changer et à me changer de dimension, pour être vraiment dans la position du vendeur et plus l'acheteur.
Sur quelles forces ou qualités en toi tu t'es appuyé pour dépasser ces difficultés et réussir ta transition ?
J'avais une grande volonté d'avoir une vie plus équilibrée, une détermination à changer de mode de vie. Une volonté à être plus humain et à donner un peu plus de sens à mon travail. Ne pas faire que bosser 70 heures par semaine. Et à garder du temps pour moi, ma famille, mes enfants, tout ce que je n'avais pas eu pendant toutes ces années.
Si tu regardes le chemin que tu as parcouru, de quoi tu te sens le plus fier aujourd'hui ?
D'avoir eu le courage et l'énergie de construire ma vie à cette période entre 25 et 35 ans où j'avais un grand dynamisme et beaucoup d'énergie pour construire ma vie. D'avoir été capable de travailler 70 heures par semaine, de prendre très peu de vacances et de me vouer à mon travail pour maintenant avoir une vie professionnelle, familiale et personnelle beaucoup plus sereine et équilibrée. D'avoir suffisamment travaillé quand j'étais dans l'énergie la plus forte, pour construire mon patrimoine, et maintenant pouvoir en profiter. Oui, on va dire que c'est de ça dont je suis le plus fier.
Qu'est-ce que ça te fait de t'entretenir là-dessus ?
Cela me fait du bien d'en parler parce que c'est quelque chose que je n'ai jamais fait. Cela me fait drôle finalement de mettre du sens au fait que j'ai beaucoup travaillé, au fait que j'étais peut-être autoritaire, peut-être tyran, peut-être orgueilleux. Et c'était ok à cette époque que je le sois pour moi personnellement, même si pour les personnes qui travaillaient avec moi, ce n'était pas ok. Et pour pouvoir être un homme différent aujourd'hui, à quelques années de ma retraite, et de regarder en arrière. Je vois quand même que j'ai fait des choses, bien ou pas bien. Mais le résultat est quand même sympa. Oui, c'est bizarre de faire un flash-back sur la vie professionnelle en pointant quel sens ça a, comme si c'était une bénédiction au travail que j'ai fait pendant une bonne dizaine d'années. Et à la fois, je me dis que je suis quand même privilégié. J'ai travaillé à fond pendant 10 ans. Il y a des gens qui bossent à fond pendant 30 ans ou 35 ans et qui ne sont pas reconnus peut-être. Moi j'ai la chance d'avoir pu travailler à fond pendant 10 ans et depuis 20 ans travailler à mon rythme.
Et si tu avais un message à envoyer à ceux qui ne se sentent pas reconnus ?
Cela serait de se poser ou de réfléchir ou d'analyser peut-être pourquoi ils le font, qu'est-ce qu'ils font dans leur boulot, qu'est-ce que ça apporte de bon dans leur boulot. Parce qu'il y a des boulots qui sont peut-être complètement ingrats : mécanicien (c'est un cliché) ou dans l'entretien ou des métiers qui ne sont pas qualifiés, difficiles. Ils se disent "je fais un métier de merde". Peut-être de réfléchir, en faisant ce métier soit-disant de merde, à ce que ça apporte à la personne qui a sa voiture réparée, qui a ses toilettes nettoyées, qui a sa salle de bain nettoyée. C'est quand même bon de se rendre compte que ça apporte à quelqu'un du réconfort. Tous les métiers peuvent être valorisés. Une femme de ménage qui fait le ménage chez une mamie, je trouve que c'est absolument génial. La petite mamie qui rentre dans sa salle de bain le soir pour prendre sa douche, elle voit que c'est propre, cela lui fait certainement plaisir parce que, elle, elle ne peut pas le faire. Et les gens qui récupèrent leur voiture bien réparée, cela leur fait plaisir aussi.
As-tu envie d'ajouter quelque chose ?
Je trouve que la valeur du travail n'est pas assez mise en avant. Ce n'est pas y mettre des euros ou le coût d'un salaire. L'engagement que peut avoir certaines personnes qui travaillent n'est pas reconnu comme valorisant. Moi je sais que, malgré le fait que je travaille dans le milieu de la grande distribution — c'est Carrefour, c'est Casino, c'est Metro, c'est Leclerc, c'est des multinationales bien souvent —, je trouve que le travail que je fais, il est beau, même si cela fait gagner de l'argent à des multinationales.
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